Suggestions d’argumentation
mardi 8 juin 2004
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Chapitre 1
Le modèle de l’enseignement collégial québécois
Le modèle actuel du collège québécois doit-il être maintenu tel quel ? Sous quels aspects doit-il être ajusté ? Doit-il être revu en profondeur ?
En matière d’éducation supérieure, le Québec figure parmi les meilleurs des pays de l’OCDE tant pour les taux de réussite, la qualité de la formation que pour l’accessibilité !
Il faut conserver ce modèle organisé en réseau qui garantit la qualité des programmes en région comme en milieu urbain.
La croissance phénoménale du taux de scolarisation du peuple québécois depuis la fondation du réseau collégial démontre que ce dernier est le meilleur système disponible pour relever ces défis. D’ailleurs, des voix s’élèvent au Canada anglais pour réclamer l’introduction de notre modèle chez eux.
Le réseau des cégeps a largement fait ses preuves. La qualité de l’enseignement qui y est dispensée est largement reconnue tant par les employeurs que par les établissements universitaires. On ne change pas une formule gagnante.
Dans la perspective de l’appartenance à l’enseignement supérieur, les responsabilités des collèges doivent-elles être revues ? Sous quels aspects ?
La croissance exponentielle du savoir humain commande une hausse générale de la scolarisation dont seul l’État doit assumer la responsabilité de sa mise en œuvre.
Favoriser la décentralisation de la gestion des programmes et de la diplomation vers chaque collège met en danger immédiat la survie des collèges particulièrement en région et en zone urbaine périphérique.
De plus, la décentralisation met en place les conditions objectives pour favoriser l’introduction de frais de scolarité, car les collèges réclameront ensuite davantage de sources autonomes de financement alors que l’État cherchera à limiter sa contribution financière à des établissements dont il ne supervise plus la gestion.
Le modèle de gouvernance et d’imputabilité des collèges est-il adéquat ? Y a-t-il lieu d’accroître leur capacité d’assumer leur propre développement ?
Favoriser la décentralisation de la gestion des programmes et de la diplomation vers chaque collège conduit à une logique de concurrence entre les collèges qui est incompatible avec l’idée de qualité générale de formation.
La responsabilité étatique de supervision de la gestion des programmes et de la diplomation est démocratiquement essentielle lorsque l’État assume la totalité des coûts.
Chapitre 2
Le cheminement des étudiantes et des étudiants
Le cadre actuel des études collégiales (les conditions d’admission, les parcours d’études, les exigences d’obtention du diplôme, etc.) favorise-t-il un cheminement harmonieux de l’élève et la réussite de son projet éducatif ? En quoi devrait-il être modifié et amélioré ?
Le Québec se situe parmi les premiers pays de l’OCDE quant à la persévérance aux études des jeunes de 17 à 19 ans. La situation du Québec relative aux taux de réussite est la même dans tout le Canada et, par conséquent, le système d’éducation n’est pas en cause.
Aucun affaiblissement des standards de l’enseignement collégial, incluant ceux de la formation générale, ne doit être toléré.
Le cadre actuel de formation favorise un cheminement harmonieux des élèves dans la mesure où le cégep joue aussi un rôle orientant qui permet des changements de programmes à moindre coût favorisant ainsi la persévérance aux études.
L’amélioration des taux de réussite est possible en augmentant substantiellement les ressources afin de maintenir et de bonifier les mesures actuelles de centre d’aide, de cours de mise à niveau, de sessions d’accueil et d’intégration, etc.
Les sommes d’argent allouées à la réussite doivent servir réellement à la réussite. De plus, une portion plus grande de ce financement devrait être attribuée aux enseignantes et aux enseignants qui agissent sur la première ligne, par exemple en favorisant des projets spécifiques d’encadrement ou en réduisant le nombre d’étudiantes et d’étudiants dans les groupes dont la réussite est plus faible.
Tous les membres du personnel oeuvrant auprès des étudiantes et des étudiants (enseignantes et enseignants, personnel de soutien et professionnel) devraient être formellement consultés lors de l’élaboration des plans d’aide à la réussite.
Doit-on maintenir ou modifier le contenu actuel de la formation générale ? Y a-t-il lieu d’élargir son éventail d’objets et de champs disciplinaires ?
Le contenu actuel de la formation générale doit être maintenu. Les cours de formation générale sont conçus pour être accessibles à toutes les étudiantes et à tous les étudiants sans distinction de leur programme d’études.
La même formation générale pour toutes les étudiantes et tous les étudiants assure le partage d’un fonds culturel commun et vise aussi le développement intégral de la personne elle-même et citoyenne. La séquence des cours dans quatre disciplines permet l’acquisition de savoirs et d’habiletés complexes.
Les hypothèses d’une formation générale différente pour les secteurs préuniversitaire et technique relèvent du mythe que la réussite des cours de la formation générale cause un préjudice aux étudiantes et aux étudiants de la formation technique.
Doit-on revoir le partage des responsabilités entre le Ministre et les établissements d’enseignement collégial en vue de favoriser les ajustements en matière de programmes et d’organisation scolaire, voire d’y introduire des particularités locales et régionales ?
Le partage des responsabilités entre le Ministre et les établissements devrait être revu afin d’uniformiser les programmes d’études dans le réseau. Nous voulons assurer la même qualité générale de la formation sur tout le territoire.
Nous sommes contre toute concurrence entre les établissements, car elle conduit inévitablement à un palmarès des collèges et à un gaspillage important de ressources pour la recherche d’effectifs étudiants.
Il n’y a pas lieu de remettre en question la cohabitation du secteur technique et du secteur préuniversitaire ainsi que la formation générale commune à ces deux secteurs.
Il n’y a pas lieu de remettre en question la nécessité d’une formation durable qui habilite à évoluer et qui dote les techniciennes et les techniciens d’une d’autonomie face au marché du travail. La formation initiale doit comporter une part suffisante de savoirs génériques.
Les entreprises ont la responsabilité de l’insertion professionnelle des diplômé-es des cégeps.
Le secteur de la formation continue doit progressivement intégré celui de l’enseignement régulier dans le respect des différences entre jeunes et adultes, afin que les conditions d’enseignement et d’apprentissage soient les mêmes et que la qualité de la formation puisse être garantie par un financement approprié.
À l’échelle du système, quelles actions nouvelles devraient être entreprises pour mieux appuyer les choix d’orientation et pour agir efficacement sur la durée et la réussite des études ?
À l’échelle du système, quelques améliorations sont souhaitables :
- 1. une meilleure articulation des passerelles entre la formation professionnelle et la formation technique ;
- 2. une harmonisation, là où c’est nécessaire, entre les programmes préuniversitaires et universitaires, par la revitalisation du Comité de liaison de l’enseignement supérieur (CLES) ou d’un comité similaire qui recevrait les mandats appropriés.
- 3. le développement de nouvelles passerelles entre les DEC techniques et la formation universitaire.
Chapitre 3
La contribution des établissements d’enseignement collégial au développement du Québec et de ses régions
Pour permettre le maintien de services de qualité même là où l’évolution démographique s’annonce à la baisse, y a-t-il lieu de réaménager l’offre de formation sur le territoire ? Comment le faire et selon quels paramètres ?
Tout doit être fait pour maintenir en région une carte de programmes collégiaux, entièrement financée par l’État et la plus large possible en formation préuniversitaire et en formation technique.
L’accessibilité aux études collégiales sur tout le territoire québécois est une condition essentielle à l’égalité des chances et à la possibilité, pour toutes et tous, de se réaliser pleinement comme individus et de participer activement au développement de la collectivité ;
La croissance économique, culturelle et sociale des régions dépend, en bonne partie, de la possibilité des résidents de s’y éduquer et de s’y établir en mettant à profit la formation acquise ;
Sinon, on favorise clairement la concentration urbaine au détriment du développement régional.
La mise en place de créneaux d’expertise, accompagnée de mesures incitatives, pourrait être une avenue de revitalisation intéressante à certains endroits. Toutefois, l’intérêt de cette formule n’a de sens que si elle est mise en place dans le but d’attirer en région des étudiantes et des étudiants, de créer un pôle d’activité et de faire bénéficier la région des retombées.
Les modes de gestion et d’organisation des établissements d’enseignement collégial leur permettent-ils un engagement optimal dans le développement de leur région et l’adaptation de leurs interventions dans leurs secteurs de formation ? Quelles mesures pourraient permettre de progresser dans cette direction ?
La mise en mode concurrentiel des cégeps mène, entre autres, au développement anarchique de la carte des programmes et risque de mettre en péril plusieurs programmes offerts par les cégeps en région.
L’établissement d’une carte intégrée et plus fonctionnelle des programmes sur l’ensemble du territoire permettrait à quelques programmes d’obtenir la masse critique nécessaire à leur survie, surtout si des mesures incitatives sont également mises en place.
Dans les régions qui ne sont pas desservies par une université, quels nouveaux partenariats pourraient être développés entre collèges et universités ?
L’amélioration, par un meilleur arrimage des programmes de formation collégiale avec ceux des universités, de la palette des formations supérieures offertes en région est souhaitable, permettant des économies et aussi une plus adéquate distribution de l’offre de formation partout au Québec.
Des ententes de services sont souhaitables si elles ne dénaturent pas la mission des cégeps et les titres d’emplois de deux paliers.
Les établissements doivent assumer un meilleur partage de l’offre de formation continue en intégrant davantage celle-ci à leur mission respective.
Là où il n’y a pas d’expertise universitaire, on peut envisager des diplômes de perfectionnement collégial.
Afin de permettre une action régionale plus forte, plus cohérente et plus structurée et de permettre l’articulation et la continuité des cheminements de formation, quels rapprochements plus serrés devrait-on réaliser entre formation professionnelle et formation technique ? Jusqu’où devrait-on aller dans cette voie ?
L’hypothèse d’intégration de la formation professionnelle au niveau collégial n’est pas souhaitable à cause :
des coûts importants de transition ;
de la problématique de la formation générale ;
du nombre très élevé de DEP n’ayant pas leur pendant au collégial ;
du risque de secondarisation des programmes techniques.
La perspective de faciliter les parcours DEP-DES-DEC dans les secteurs où cela peut se justifier par une continuité naturelle entre les programmes apparaît plus prometteuse.
Quelles mesures peut-on envisager pour accroître et renforcer le potentiel de développement et de « réseautage » des CCTT ?
La mise en place de créneaux d’expertise, accompagnée de mesures incitatives, peut être une avenue de revitalisation intéressante à certains endroits.
Chapitre 4
Le financement de l’enseignement collégial
Le modèle actuel de répartition des ressources entre les collèges est-il toujours adapté à la situation actuelle ? Quelles améliorations devrait-on y apporter pour permettre aux collèges de répondre davantage aux besoins d’aujourd’hui ?
Le financement des cégeps doit être considérablement accru afin d’ajouter des ressources pour améliorer considérablement les services aux étudiantes et aux étudiants, l’accès à du matériel pédagogique de qualité de même que pour introduire de véritables mesures pour aider les étudiantes et les étudiants à réussir leurs études.
Il est hors de question d’accepter que l’enveloppe de l’enseignement régulier devienne transférable, ce qui permettrait aux collèges d’affecter à autre chose qu’aux tâches d’enseignement les sommes qui y sont destinées. De plus, tous les moyens devraient être pris afin de garantir le financement nécessaire à la stabilité des différents services offerts dans un collège.
Il est remarquable de constater qu’en Ontario les frais de scolarité comptent pour 34 % du financement alors qu’au Québec ce pourcentage n’est que de 5 %. Toute imposition de frais de scolarité ne peut être tolérée. Le caractère public et gratuit du réseau doit absolument être préservé. De plus, des mesures devraient être envisagées afin de garantir une réelle aide financière de manière à éviter une augmentation du taux d’endettement des étudiantes et des étudiants.
Quelles autres sources de financement serait-il réaliste d’envisager pour appuyer l’action des collèges, notamment en matière de formation technique et de développement régional ?
Le gouvernement doit abandonner sa promesse de réduction d’impôt, il doit cesser d’invoquer une capacité de payer limitée et chercher plutôt à bonifier ses revenus, notamment en révisant la fiscalité des entreprises. Les entreprises qui font des profits en sol québécois et particulièrement celles qui embauchent des techniciennes et des techniciens hautement qualifiés devraient participer de manière plus équitable à l’effort collectif nécessaire à un meilleur financement du réseau de l’éducation.
Le Québec devrait prendre les moyens pour récupérer du gouvernement fédéral sa juste part en matière de transferts fiscaux reliés à l’éducation.
Le gouvernement pourrait élargir la portée de la Loi favorisant le développement de la formation de la main-d’œuvre.
Le gouvernement doit continuer de soutenir activement le développement des régions en s’assurant notamment que l’offre de formation relevant de l’enseignement supérieur y soit maintenue. La mise en place de créneaux d’expertise, accompagnée de mesures incitatives, pourrait être une avenue de revitalisation intéressante à certains endroits.
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