Vous aviez raison, Monsieur le Ministre ! Les valeurs mises de l’avant par le rapport Parent ont permis au Québec de faire un gigantesque progrès, mais il faut périodiquement réaffirmer avec force qu’il importe de garder le cap. Dans le contexte particulier de la réflexion sur l’avenir de l’enseignement collégial, la qualité et l’accessibilité de l’éducation sont présentement menacées. Pourtant, ces valeurs devraient au contraire être soutenues au moment même où les enjeux de la mondialisation exercent des pressions pernicieuses sur les sociétés.
Monsieur le Ministre, nous vous invitons, par une déclaration publique, à donner votre appui à ce que réclament près de 60 000 signataires de la pétition en faveur des cégeps. Enseignantes et enseignants, membres du personnel de soutien, membres du personnel professionnel, étudiantes et étudiants, parents du réseau collégial et, plus largement aussi, citoyennes et citoyens du Québec demandent un engagement du ministre de l’Éducation à soutenir politiquement et économiquement : un réseau des cégeps, public et gratuit, distinct des ordres d’enseignement secondaire et universitaire, sur l’ensemble du territoire québécois, offrant aux jeunes et aux adultes deux secteurs de formation, l’un préuniversitaire et l’autre technique, soudés par une même formation générale.
Profitez de votre position privilégiée et réaffirmez vos valeurs, celles que vous avez défendues et concrétisées, à la suite du Rapport de la Commission Parent, mais aussi celles que vous avez exprimées le mois dernier dans les médias.
Oui, Monsieur le Ministre, vous avez raison de dire que le réseau collégial doit maintenir un diplôme national. Oui, Monsieur le Ministre, vous avez raison de refuser le démantèlement du réseau des cégeps. Ce que nous vous demandons, c’est de réaffirmer les principes fondamentaux à partir desquels le ministère de l’Éducation a vu le jour dans les années 60.
Vous vouliez un réseau des cégeps,
- c’est-à-dire un réseau d’institutions réparties sur le territoire qui offre des programmes et des diplômes ministériels, et non pas une série d’institutions désarticulées aux plans pédagogique et administratif ;
- public et gratuit, c’est-à-dire financé complètement par l’État et sans exigence de droits de scolarité, tant pour les jeunes que pour les adultes, leur permettant de se réaliser dans différents secteurs de la société et leur assurant des échanges fructueux d’expériences et de vie ;
- accessible sur l’ensemble du territoire québécois, pour soutenir les régions dans leur effort de développement ;
- distinct des ordres d’enseignement secondaire et universitaire, qui constitue un des éléments clés de la réussite scolaire postsecondaire du Québec en Amérique du Nord ;
- offrant deux secteurs de formation, technique et préuniversitaire, soudés par une même formation générale qui permet non seulement l’ouverture d’esprit la plus large et le développement de la personne humaine et du citoyen mais aussi la transmission d’un fonds culturel commun essentiel à notre cohésion sociale ;
- permettant à chacun la possibilité de se réorienter ;
- offrant un milieu de vie qui permet de développer d’autres intérêts tout en stimulant un sentiment d’appartenance.
Les parents, les étudiantes et les étudiants, de concert avec leurs enseignantes et enseignants, le personnel de soutien et le personnel professionnel, ont toujours été prêts à s’engager pour travailler à l’amélioration de la qualité du réseau collégial. Pas à son démembrement.
Le réseau des collèges a besoin d’oxygène ; les besoins accrus de la société québécoise en éducation supérieure commandent un meilleur financement. Il faut s’attaquer sérieusement au problème de la réussite, pour permettre à un plus grand nombre de jeunes d’obtenir ce diplôme de valeur nationale qu’est le diplôme d’études collégiales (DEC), sans en altérer sa qualité reconnue.
En qualité de ministre de l’Éducation, en ce jour du 17 novembre 2004, nous vous demandons de souscrire de nouveau à la nécessité de maintenir et de développer le réseau collégial.

